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Fernand Pouillon et l’Algérie : une histoire d’amour

Fernand Pouillon et l’Algérie : les liens entre le célèbre architecte et l’Algérie. Qui était Pouillon ? Comment travaillait-il ? Quelles sont ses réalisations les plus célèbres sur le territoire algérien ?

J’ai voulu faire le bonheur des hommes.
Fernand Pouillon, Mémoires d’un architecte (1968)

Fernand Pouillon (1912-1986) est un célèbre architecte et urbaniste français, connu pour sa participation aux grands projets de construction d’après-guerre.

Après avoir entamé les Beaux-Arts à Marseille, il construit à 22 ans son premier immeuble à Aix-en-Provence. Diplômé d’architecture, il sera l’auteur de nombreuses réalisations à Marseille, en Provence, en région parisienne, mais aussi en Algérie et en Iran. Il participe à la reconstruction du Vieux-Port à Marseille et à des projets de cités de logements à Aix-en-Provence. Puis il intervient dans des projets de plus en plus importants en banlieue parisienne (Pantin, Montrouge, Meudon-la-Forêt, le Point-du-Jour à Boulogne-Billancourt).

Du logement social aux hôtels de luxe, de la maison individuelle aux grands ensembles, Pouillon est un architecte complet et surtout visionnaire.

En effet, les réalisations de Pouillon se démarquent de celles des architectes de son temps : il est attentif aux matériaux (il préfère au béton armé les matériaux nobles : pierre, terre, céramique…), à l’insertion du projet dans le site, aux proportions et à la qualité de vie des habitants. Il s’inscrit aussi dans l’histoire du lieu sur lequel il intervient : il s’attache à rappeler l’ambiance des anciennes cités avec leurs fontaines, placettes, points de rencontre et de convivialité. Il n’hésite pas à collaborer avec des artistes sculpteurs, céramistes ou paysagistes.

Pouillon est en outre l’un des premiers architectes attachés au développement durable : il se fournit en matériaux locaux et a recours à l’artisanat. Il est aussi attentif au vieillissement de ses réalisations.

Le style de Pouillon ne plaît pas à ses concurrents. Devenu promoteur en région parisienne, chose interdite à l’époque pour un architecte, il est inquiété à partir de 1960 pour des malversations financières dues à des partenaires indélicats. Il est arrêté en 1961 et écroué. Il est condamné en 1963 à quatre ans de prison, puis trois ans en appel, et radié de l’ordre des architectes. En 1966, il rejoint l’Algérie, où il finira sa carrière.

Amnistié en juin 1971 par le président Georges Pompidou, il est réintégré à l’ordre des architectes français en 1978. François Mitterrand le promeut officier de la Légion d’honneur en 1985. Il meurt à 74 ans en 1986 dans le château de Belcastel (Aveyron) qu’il avait acquis et restauré à partir de 1974.

Tentons d’approfondir les liens entre Fernand Pouillon et l’Algérie.

Fernand Pouillon et l’Algérie

En 1953, Fernand Pouillon, fort de son expérience de logements construits à Aix-en-Provence, est invité à Alger par le maire Jacques Chevallier pour réaliser les grands ensembles de Diar-es-Saada (la Cité du Bonheur) et Diar-el-Mahçoul (la Cité de la Promesse tenue), puis l’ensemble HLM Climat de France, au-dessus de Bab-el-Oued. A Oran, il construit la cité de Valmy (1957). Le but est de reloger les habitants des bidonvilles.

Aujourd’hui vieillissantes, ces cités de pierre n’ont rien perdu de leur majesté. Intégrées à leur environnement, tenant compte des contraintes du climat (appartements traversants), végétalisées, ouvertes sur des espaces publics ou sur la mer, parsemées de points d’eau, elles véhiculent un certain humanisme.

Pour le gigantesque projet Climat de France (Alger), Pouillon s’inspire de l’architecture de la vallée du M’zab (Ghardaïa) : son but est de recréer un véritable « climat », un art de vivre.

Durant ces quelques années, Fernand Pouillon, soucieux de comprendre la culture et l’histoire de l’Algérie, finit par se sentir algérien, voire musulman.

En 1966, après ses péripéties judiciaires en France et alors qu’il est ruiné, l’Algérie l’accueille à nouveau, sous l’impulsion de Jacques Chevallier, l’ancien maire d’Alger devenu gestionnaire de la Société pour l’aménagement et l’équipement du tourisme en Algérie. Il faut dire que Jacques Chevallier avait toujours dialogué avec les indépendantistes, et avait obtenu la nationalité algérienne après l’indépendance ; de son côté, Pouillon avait noué des sympathies avec le FLN, notamment à travers le réseau Jeanson, qui lui avait apporté son soutien lors de sa courte cavale de 1962, après son arrestation et son internement en clinique, lui permettant de trouver refuge quelques temps en Suisse et en Italie.

De retour dans l’Algérie désormais indépendante, Pouillon est mandaté par le ministère du tourisme pour édifier une série de complexes touristiques. Il y réalise aussi des équipements publics et universitaires. Pouillon reprend les codes de l’architecture musulmane et réalise des bâtiments remarquables. Au total, il réalisera plus de 300 projets en Algérie.

Voir aussi cette vidéo sur les réalisations de Pouillon en Algérie

Les principales réalisations touristiques de Pouillon en Algérie

Voici une liste des principales réalisations touristiques de Fernand Pouillon en Algérie :

  • 1967 : hôtel El-Mountazah (ex-Le Rocher) à Annaba (300 lits)
  • 1968 : hôtel El Marsa à Sidi-Fredj
  • 1968 : complexes touristiques CET à Tipaza : Tipaza-Club, Tipaza la Corne d’Or, Tipaza Matarès,
  • 1969 : hôtel Plaza à Annaba (500 lits)
  • 1970 : hôtel M’Zab (ex-Rostémides) à Ghardaïa
  • 1970 : hôtel Les Zianides à Tlemcen
  • 1972 : hôtel Gourara à Timimoun
  • 1973 : hôtel Mekhter à Aïn Sefra
  • 1973 : complexe touristique Les Andalouses, baie des Andalouses, Oran
  • 1982 : hôtel Saint-Georges à Alger

La plupart de ces hôtels sont aujourd’hui gérés par l’Etat algérien.

L’hôtel El-Mountazah, ex Le Rocher

L’hôtel El-Mountazah (point Google Maps ici) est situé non loin d’Annaba, sur un emplacement à couper le souffle, avec des vues splendides. Cet hôtel est souvent cité comme l’une des plus belles oeuvres de Pouillon en Algérie, caractérisé par une architecture méditerranéenne mêlant courbes, terrasses en cascade, le tout dans une composition pyramidale inspirée notamment des cités du M’zab. Pouillon y a utilisé des matériaux locaux et traditionnels, comme l’argile et la terre prise sur le site, pour créer une architecture à la fois contemporaine et en harmonie avec le paysage et le climat local.

Malheureusement aujourd’hui, l’hôtel n’offre pas un service à la hauteur des espérances…

hôtel El-Mountazah
Hôtel El-Mountazah

L’hôtel El Marsa à Sidi-Fredj

L’hôtel El Marsa (point GPS ici) est situé à Sidi-Fredj, sur la côte, non loin d’Alger. L’hôtel El Marsa est souvent cité pour ses niches façon troglodyte, ses loggias et ses façades qui s’inspirent des moucharabiehs, offrant des jeux d’ombre et de lumière typiques de l’architecture méditerranéenne. Ces éléments, combinés à une attention particulière portée à l’artisanat local, font de cet hôtel un exemple marquant de l’architecture hôtelière de Pouillon en Algérie.

Malheureusement aujourd’hui, l’hôtel n’offre pas un service satisfaisant.

A noter d’autres réalisations de Pouillon à Sidi-Fredj : le port, l’hôtel el Manar, l’hôtel le Riadh, le restaurant du port, le quartier du Corsaire…

hôtel El Marsa Algérie
Hôtel El Marsa

La Corne d’Or, Tipaza

Pour le complexe la Corne d’Or à Tipaza (sur la côte près d’Alger, point GPS ici), Fernand Pouillon fait une réinterprétation moderne des sites antiques. Inspiré par une carte du XVIe siècle et les ruines romaines avoisinantes, il crée une sorte de cité méditerranéenne mêlant places, ruelles et bâtiments aux traits épurés. Un chef-d’œuvre d’intégration à l’histoire locale.

Autres réalisations de Pouillon à Tipaza : complexe CET, complexe Matares.

Malheureusement aujourd’hui, ces complexes n’offrent pas un service satisfaisant.

la corne d'or tipaza
Hôtel La Corne d’or Tipaza

L’hôtel Plaza à Annaba (actuel hôtel Seybouse)

L’hôtel Plaza à Annaba, actuel hôtel Seybouse (point GPS ici) a été mis en service en 1976. Style building, en vogue à l’époque. Hôtel récemment rénové. Hotel-seybouse.dz

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Hôtel Seybouse, ex Plaza

Hôtel M’Zab (ex-Rostémides), Ghardaïa

L’hôtel M’Zab (ex-Rostémides, point GPS ici), à Ghardaïa, est inspiré par le patrimoine local et l’architecture ancienne des cités du M’zab. Pouillon y intègre des formes épurées, des cours intérieures, une palmeraie et une grande piscine. Il marie modernité et tradition.

Malheureusement aujourd’hui, l’hôtel n’offre pas un service satisfaisant.

Hôtel M'zab Ghardaïa
Hôtel M’zab, Ghardaïa

Hôtel Les Zianides, Tlemcen

Pour l’hôtel Les Zianides de Tlemcen (point GPS ici), Pouillon se réfère à l’art des proportions et de l’ornementation des monuments historiques de l’ancienne ville de Tlemcen. À l’instar de l’architecture musulmane, la sobriété de cette façade cache la magnificence intérieure.

hôtel les zianides
Hôtel les Zianides

Malheureusement aujourd’hui, l’hôtel n’offre pas un service satisfaisant.

Hôtel Gourara à Timimoun

L’hôtel Gourara à Timimoun (point GPS ici) est l’un des plus connus de Fernand Pouillon. A l’orée de la ville, depuis la rue, rien ne laisse deviner son volume réel, son développement en terrasses successives, son incroyable panorama sur la palmeraie et le désert que Pouillon a manifestement privilégié, puisqu’il anime tous les espaces extérieurs de l’hôtel et les vues depuis les chambres, lesquelles se développent en fer à cheval.

Depuis la palmeraie, on cherche et on peine à trouver l’hôtel qui épouse les pentes et terrasses du plateau qui le domine. Une grande leçon d’urbanisme et de modestie au sein d’un site exceptionnel.

hôtel gourara Timimoun
Hôtel Gourara, Timimoun

Hôtel Mekhter à Aïn Sefra

L’hôtel Mekhter à Aïn Sefra est un chef d’oeuvre architectural s’ouvrant sur les dunes du sable. Pour plus de détails, lire notre article complet sur Aïn Sefra.

Hôtel Saint-Georges, Alger

L’hôtel El Djazair, ex St Georges (point GPS ici) est conçu sur la base et dans le style d’un palais arabo-ottoman. Pouillon lui adjoint deux ailes en 1974. Entouré d’un luxuriant jardin botanique, l’hôtel se veut un des fleurons du patrimoine culturel national.

Dès son ouverture à la fin du XIXe siècle, l’hôtel fut le point de chute préféré de la bourgeoisie anglaise, attirée par les hivers doux. L’hôtel fut d’ailleurs baptisé en hommage au saint patron britannique Saint-Georges. L’hôtel a connu des clients prestigieux tels Edith Piaf, Simone de Beauvoir, le général Dwight Eisenhower ou Winston Churchill.

Ancien palais du bey d’Alger construit en 1514, il est transformé en pensionnat de jeunes filles au début de la colonisation française. Le 10 novembre 1942, au salon des Ambassadeurs, est signé le cessez-le-feu entre le général Dwight Eisenhower et l’amiral Darlan suite au débarquement des Alliés en Afrique du Nord. À l’étage du dessus, la chambre occupée par le général Eisenhower a été conservée. Sur la porte voisine, une plaque a été apposée qui rappelle que Eisenhower a tenu ici son quartier général durant 13 mois.

Hôtel el Djazaïr, Alger
Hôtel el Djazair, Alger

Site internet de l’hôtel

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